L’une des plus grandes peurs de la jeunesse, c’est de mûrir. On n’a pas peur de grandir mais on a juste la phobie de ne pas devenir l’adulte parfait. Cette quête de perfection, elle passe par le simple fait de pouvoir prendre une décision. Ai-je bien dépensé mon argent ? Dois-je faire un régime ? Dois-je me marier ?  On se motive en se disant que chacun avance à son rythme mais ce n’est pas suffisant. J’avoue que je me retrouve souvent sur internet à comparer ma vie avec celle de mes amis. J’avoue que je me pose souvent des questions sur les décisions prises au cours de ses derniers mois. Je me compare, je me vante, j’en pleure, je ris et je déprime… Tant de choses qui se passent lorsque vous êtes le capitaine de votre propre vie…. Welcome to adulthood

Ce n’est pas un discours motivant pour vanter mes capacités de capitaine. Je vous assure que ce n’est pas évident d’être aux commandes. On attend beaucoup de vous. On me sollicite pour chaque décision. Je suis le seul responsable à bord si le bateau part à la dérive. Je dois toujours avoir un coup d’avance sur votre avenir. Vous vous retrouvez souvent à la croisée des chemins pour choisir entre Bleu ciel ou Bleu roi pour l’Assomption. La direction que je prends doit alors plaire à tout le monde comme dîner chez sa mère ou sa belle-mère pour noël. Fini les jokers ou je laisse les autres décider à votre place.

On n’est jamais prêt pour prendre la mer seul. On l’est encore moins prêt de la prendre à la tête d’un équipage sans expériences. C’est vrai que l’on entend les autres loups de mer vous contaient leur aventures et les mers traversées. Moi, j’ai pu emmener mon fils chaque jour à la piscine, manger bio, faire l’amour trois fois par semaine et inventer un remède contre le cancer. Et, vous mon cher, racontez-moi vos exploits en mer ? J’allais raconter quoi face à un tel récit. J’ai pu me lever pour préparer le biberon du petit. J’ai pu changer sa couche sans repeindre les murs du salon. Je me sens comme de la merde en comparaison à ses exploits extraordinaires. Cette sensation de médiocrité, elle se transpose sur mon équipage. Alors je doute… Je me demande alors : Suis-je un bon capitaine ?

Cette question, elle revient à chaque virage de 180 dégrées. Elle survient quand je baisse les voiles alors que le vent ne cesse de souffler. Elle survient tard le soir après avoir prise la mauvaise direction. Alors, je me retrouve avec mon verre de scotch et cette question que je remue dans tous les sens dans ma tête. Suis-je un bon capitaine ? Je remets alors en doute chaque décision prise et je refais les calculs pour un choix diffèrent. Les si se mélangent avec les pourquoi à chaque gorgée de scotch. Dans ses heures sombres, je peux compter sur équipage. C’est la famille, après tout. Elle m’encourage et persiste à me répéter, Guide nous mon capitaine !!! C’est à ce moment que le mot murir prend tout son sens.

On ne cessera de me conter des aventures en mer qui finissent bien mais jamais celles qui n’ont pas de fin heureuses. On ne parle jamais des dérives. On n’aborde jamais le sujet des naufrages. Non, on préfère étaler que le meilleur comme un tapis rouge pour sa majesté, la fierté d’être un capitaine. Que des histoires qui finissent bien ou des récits victorieux contre le Kraken. Voilà ce qui est dommage quand vous grandissez. On ne parle pas des obstacles. Jamais, je n’ai entendu à tel point c’est dur de ramer quand le vent est contre vous. Jamais, je n’ai entendu les histoires ou le capitaine doute. Jamais, le capitaine n’a versé de larmes. Non, le capitaine est un héros, un Dieu ou simplement la perfection incarné.

Je navigue depuis deux ans avec à mon bord, mon commandant en seconde et un petit moussaillon. Notre rafiau, on l’a bricolé comme des amateurs et on ne cesse de colmater les fuites. Des fois on rame à la main ou on souffle sur les voiles pour faire semblant d’avancer. Des virages à 180 dégrées et des mauvaises directions, on en a fait et je peux vous dire que ce n’est pas évident de s’en sortir. Il y a eu des larmes, des abordages, des tempêtes et même un kraken. Mais, on a appris et nous continuons à le faire. Il n’y a pas beaucoup de récits extraordinaires. On se contente de vivre l’ordinaire mais ensemble. Apres tout comment pourrais-je être un capitaine sans un équipage qui croit en moi ? Et face à cela, je laisse souvent les commandes entre leur mains car peu importe la direction, l’important c’est d’y aller ensemble.

Je grandis, c’est vrai. Certes je ne mens pas sur le chemin parcouru. Pas de mensonges sur les obstacles. Une simple vérité, rien au monde n’est suffisant à nous préparer à la vie d’adulte. Et encore, plus à celle de parents. Je prends la barre et j’avance. Et, je vous assure que souvent vous avez la trouille de le faire. Je m’endors avec le regret de ne pas être à la hauteur. La marine des parents vous déclare comme une piètre capitaine.

 

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