C’était le jour du budget et les entreprises de presse devaient se surpasser pour analyser le discours du Ministre des Finances.  Pour le monde journalistique, le budget est un peu comme la ligue des champions. Elle n’a pas l’impact d’une élection mais elle reste aussi importante sur le calendrier des rédactions. Mon rédacteur en chef avait voulu innover en lançant un plateau en direct sur les réseaux sociaux pour analyser le budget. Il convoqua tous les journalistes et aussi les stagiaires. On était au nombre de  six et on nous allions chacun être assignés à une tache spécifique. Les plus chanceux avaient la chance d’être sur le plateau, tandis que les autres devaient suivre le direct en ligne. Apres avoir assigne les journalistes et la moitié des stagiaires, il se tourna vers moi et m’expliqua mon rôle pour la soirée.

« Mon cher Thomas, tu auras la responsabilité de servir les amuse-gueules pour l’occasion. Tu devras mettre les invités à l’aise avant qu’ils entrent sur le plateau. »

Je n’étais qu’un stagiaire et je m’attendais à un rôle minime. Cela aurait pu être pire comme l’exile de Jean-Claude au rez-de-chaussée. Ce dernier devait tenir la porte pour les invités. J’étais près de la télé et aussi des amuse-gueules. J’avais aussi l’occasion de discuter avec les invités et ainsi mieux comprendre le budget. Il fallait juste voir le bon côté des choses. On n’envoyait pas un soldat sur le terrain pour son premier jour. Je savais que ce job n’était pas le meilleur mais je me souvins des mots de Martin Luther King :

« Si votre mission est d’être balayeur de rue, vous devez balayer les rues dans le même esprit que Michel-Ange lorsqu’il peignait ses toiles, que Beethoven lorsqu’il composait ses symphonies, que Shakespeare lorsqu’il écrivait ses drames. Vous devez balayer les rues d’une façon tellement parfaite que chaque passant puisse dire : « Ici, c’est un grand balayeur qui a travaillé ; il a bien accompli sa tâche ! » 

Je m’exerçais à réussir le travail à la perfection mais il y avait beaucoup d’imprévues. Il y avait des invites qui vous regardaient de haut et ceux qui s’adressaient seulement aux journalistes, non aux stagiaires. Je devais juste garder mon calme et laisser cela passé au- dessus de moi. On connaissait bien le  ministre qui était plus actif devant la table d’amuse-gueules que sur le plateau. Mais passons, il fallait aussi gagner leur confiance. Je devais placer le micro alors qu’ils gesticulaient comme des vers. Il y avait aussi le fait que ces personnes avaient même eu l’audace de se lancer de piques en plein direct.

J’avais aussi l’occasion d’observer le modérateur. Ce n’est pas un job facile et il y a beaucoup d’imprévues en plein direct. Il ne faut pas tomber dans la faiblesse de la critique. Cela ne fait que 3 heures que le budget a été proclamé, alors ne soyez pas l’ami de l’opposition. Il y a un devoir d’être neutre et aussi de donner un temps de parole égale. Pour cela, il faut savoir interrompre l’invité qui aime faire son show sur le plateau. Il vous faut aussi être calme et de jouer le jeu. Vous êtes l’arbitre d’une finale de la ligue de champions, ne sortez pas de carton rouge à tout bout de champ.

Ma contribution fut insignifiante et pas vraiment journalistique. Un premier pas dans l’univers des medias et j’en suis plutôt ravi.

*fiction

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